Reflection - Germaine Kruip - © Lieven Geuns
Reflection
Germaine Kruip
Une ode poétique et sonore au bac disparu entre Meeswijk et Urmond (NL)
Jusque dans les années 1950, un bac assurait la traversée, à l’emplacement même de l’œuvre, entre Meeswijk et Urmond. La Meuse constituait une frontière naturelle, mais aussi un pont culturel entre la Belgique et les Pays-Bas. Les habitants de la vallée de la Meuse partageaient une histoire commune, un dialecte et des usages. Le bac disparu constitue dès lors non seulement un point de départ pratique, mais aussi symbolique pour le travail de Germaine Kruip.

Liée au paysage, accordée au lieu
La sculpture se compose d’une tige verticale de cinq mètres de long en laiton spécialement développé, suspendue entre deux poteaux de dix mètres de haut espacés de 32 mètres. Cette échelle impressionnante n’a rien d’un hasard : Reflection n’est pas seulement la première sculpture sonore permanente de Germaine Kruip dans l’espace public, c’est aussi la plus grande qu’elle ait réalisée à ce jour.
La tige a été accordée sur mesure par Thein Brass, un atelier renommé de Brême. Celui-ci a développé spécialement pour cette œuvre un alliage de laiton unique, dont la composition exacte demeure secrète. L’accordage s’est fait à l’aide de coups de marteau, de feu et d’eau — un processus artisanal qui produit une sonorité profonde et ample. Cette tonalité méditative porte au-dessus de l’eau comme un écho de la cloche qui annonçait autrefois le bac.
Le paysage a lui aussi joué un rôle actif dans la conception : les dimensions, l’orientation et les matériaux de Reflection sont accordés au décor environnant. Ses formes élancées et son design minimaliste confèrent à l’œuvre une présence monumentale, tout en lui permettant de se fondre subtilement dans le paysage. Trois bancs en granit noir invitent les visiteurs à s’asseoir, à faire silence et à écouter.
Apport local et choix intuitif
Dès le début, Kruip a travaillé en étroite collaboration avec un groupe de travail local de Maasmechelen. Au fil de promenades à pied et à vélo, elle a exploré cette partie du RivierPark Maasvallei et a désigné, de manière intuitive, des lieux qui la touchaient. Ce n’est que plus tard qu’il est apparu clairement que ces lieux correspondaient tous à des points de passage actuels ou anciens. C’est ainsi qu’a émergé l’idée de rendre à nouveau audible ce lien historique à travers la Meuse — à l’endroit exact où un bac assurait autrefois la traversée.
« Le lieu m’a immédiatement semblé juste », raconte Kruip. « Ce n’est qu’ensuite que j’ai compris pourquoi. L’œuvre est née de cette expérience. Le son crée un lien qui a physiquement disparu, mais qui demeure toujours présent mentalement et culturellement. »
Une œuvre à regarder, à écouter et à vivre
Reflection n’est pas seulement une œuvre d’art à regarder, c’est aussi une œuvre avec laquelle on peut jouer. Le son peut être activé à l’aide d’un maillet spécialement conçu à cet effet, mais aussi avec des objets naturels — un bâton, une pierre, les mains. Chaque matériau produit une tonalité différente. Il en résulte, à chaque fois, une nouvelle rencontre entre l’art, l’être humain et le paysage.
Par ailleurs, Musica Impulscentrum a développé un atelier interactif qui invite les participants à regarder le paysage autrement à travers le son, le mouvement et le silence. Les premières sessions débuteront cet automne.
La commune de Maasmechelen a également veillé à ce que la série de podcasts Stemmen aan de Maas bénéficie d’un épisode supplémentaire consacré à l’œuvre Reflection et aux bacs historiques.
D’une rive à l’autre
Avec Reflection, Maasmechelen se dote d’un repère artistique qui relie le passé et le présent. Le son résonne sur la rive, mais reste audible jusqu’à l’autre côté — un pont subtil entre la Belgique et les Pays-Bas. La possibilité d’installer un second exemplaire sur la rive néerlandaise est actuellement à l’étude.
Informations pratiques
L’œuvre sera située entre les points-nœuds cyclables 50 et 56, le long de la digue à Meeswijk (Maasmechelen), et n’est accessible qu’à pied ou à vélo. Il est conseillé aux visiteurs de se garer sur la place du village de Leut. De là, il faut compter environ 2 kilomètres de marche par un itinéraire balisé. Les boucles de promenade orange (10 km) et bleue (5 km) du domaine de randonnée de Leut passent également par l’œuvre. Les deux boucles partent de la place du village de Leut. Ceux qui souhaitent rejoindre l’œuvre plus rapidement peuvent se garer près du bac automobile de Meeswijk. De là, il reste environ 1,5 kilomètre jusqu’à l’œuvre. Sur la digue, suivez la signalisation de Kunst aan de Maas en direction de Reflection.
Germaine Kruip était invitée le 1er avril 2026 dans l’émission Pompidou sur VRT Radio Klara. Vous pouvez réécouter l’épisode ici.
Écoutez ici l’enregistrement audio de la performance de Ruben Orio jouant Reflection.

